Cassius Notes #12 - Small is beautiful 🐣 ? - les "meme stocks" sont de retour pendant que les small caps dégringolent - on fait le point
Les meme stocks c'est quoi ? Et les small caps en général est ce une bonne opportunité d'investissement ?
Les thèmes abordés cette semaine :
1. 🗞️ Actualité : Le retour des “meme stocks” 😵💫🔫
2. 📈 Investissement et Fiscalité : Small is beautiful 🐣 ? Or is it ?
3. 🤔 Stan’s Snacks : Cocktail gagnant : Crocs🩴 x Pringles🥔 x Onlyfans🔞
1. 🗞️ Actualité : Le retour des “meme stocks” 😵💫
Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un “meme” c’est selon Wikipédia un élément culturel ou comportemental qui se transmet d'un individu à l'autre par imitation. Plus simplement c’est une blague qui se diffuse sur internet (X, Reddit, Instagram ou autre plateforme).
Les “meme stocks” ce sont des actions de sociétés cotés aux Etats-Unis qui sont en général plutôt en mauvaise santé économique et/ou financière mais qui ont pu être plébiscitées par des investisseurs particuliers principalement pour des raisons culturelles. Gamestop (magasins de jeux vidéo, le Micromania U.S.), AMC (réseau de salles de cinéma) sont ainsi le symbole d’une économie du divertissement physique en déclin mais les investisseurs nostalgiques n’ont pas forcément envie de les voir disparaître.
Ce phénomène date de 2021 lorsque des investisseurs amateurs regroupés sur des plateformes comme Reddit, en particulier le forum r/WallStreetBets ont coordonné des achats massifs d'actions pour provoquer des hausses de prix et contrer les fonds qui pariaient (à raison) sur la baisse de ces mêmes actions en lien avec des performances économiques très moyennes. Un influenceur surnommé "Roaring Kitty" avait mené la danse avec une rhétorique nostalgique et revancharde. Le titre Gamestop avait ainsi explosé en étant multiplié par 25 entre fin décembre 2020 et janvier 2021.
Évidemment ce phénomène a profité à certains petits malins, dont l’influenceur en question, qui en bon manipulateurs, ont acheté très tôt avant de populariser leur idée et revendre aussitôt ; la plupart des petits porteurs s’étant fait avoir…
Cette histoire avait marqué les marchés financiers (et les fonds qui s’attaquent à des entreprises survalorisées selon eux) mais les cours étaient bien redescendus en 2022 et 2023 jusqu’à dimanche soir dernier ou l’ami Roaring Kitty a fait son retour sur le réseau X.
D'abord en faisant comprendre par un dessin qu'il revenait aux affaires après trois ans d'absence, puis en postant un montage vidéo de super-héros et en laissant entendre qu'il lancera une cryptomonnaie. Ce simple tweet a eu l’effet escompté, l’action Gamestop a été multipliée par 3 en 48h faisant passer la société de 5 à 15 milliards $ de valorisation, idem pour AMC. Aucune de ces sociétés n’a été citée par l’influenceur, mais les investisseurs particuliers ont frénétiquement acheté ce qui avait fonctionné trois ans auparavant.
On pensait ce phénomène lié à l’argent “gratuit” distribué par l’administration Biden pendant le covid (pour rappel, 3200$ avaient été envoyés par chèques à chaque Américain adulte et 2500$ par enfant entre mars 2020 et 2021) mais apparemment le phénomène est de retour.
La fin est déjà écrite, ce sont les petits investisseurs qui vont trinquer…
2. 📈 Investissement et Fiscalité : Small is beautiful 🐣 ? Les small caps ne sont pas chers, faut-il investir ?
Vous savez que j’adore relativiser la valeur des entreprises car c’est une matière mouvante et certainement pas scientifique ou absolue. Je vous invite à vous référer à Cassius Notes #6 pour comprendre la valeur relative d’une entreprise cotée en Bourse.
Quand on parle de Small Cap on pense généralement aux sociétés dont la capitalisation boursière est comprise entre 300m€ et 2 Milliard €. Il arrive souvent que ces limites soient un peu élargies. Les Mid Cap sont définies comme ayant une valorisation inférieure à 10 Milliards € et les Large Cap au-dessus.
Le constant : plus les sociétés sont petites moins bien elles sont valorisées, en tout cas aujourd’hui
Que cela soit en Europe ou aux Etats-Unis, les small caps sont bien moins valorisés que les plus grosses sociétés cotées.
Aux Etat-Unis, comme le montre le graphique ci-dessous qui compare le forward P/E (c’est-à-dire le rapport entre la valorisation et les bénéfices 2025 escomptés) des différents indices américains S&P 500 (large caps), S&P 400 (mid caps) et S&P 600 (small caps). Les grandes capitalisations cotent à environ 21 fois leurs bénéfices futurs contre seulement 14 fois pour les petites. Cela fait une décote de 30% pour les small caps

C’est un peu moins marqué en Europe où la décote est de près de 10% mais c’est un niveau historique qu’on ne retrouve que lors des grandes crises (2008, 2020) où un phénomène de report vers les valeurs plus importantes et donc considérées comme moins sujettes aux catastrophes est constaté.
Les raisons de cet écart sont simples : volatilité, illiquidité, financement
Volatilité des résultats et donc du cours de Bourse ⬆️⬇️
On l’a vu au-dessus, lors de graves chocs, les valeurs small caps sont perçus à juste titre comme plus risquées que les plus grandes entreprises et donc les investisseurs ont tendance à s’en écarter. En effet, les plus petites entreprises ont une activité en général plus concentrée en termes de nombre de produits, de clients ou de fournisseurs. Cette concentration et donc le manque de diversité rendent le business plus fragile à des perturbations endogènes (départ de dirigeant par exemple) ou exogènes (chocs de demande, crises macro). Cette taille plus restreinte peut aussi impacter la stabilité des marges et la clarté des prévisions. Ainsi la volatilité des résultats financiers peut aboutir à une volatilité des cours de Bourse plus importante : la volatilité moyenne des large cap US (S&P 500) est de 15% quand celle du Russel 2000 (Small cap) est de 20%. Ces variations importantes peuvent faire peur aux investisseurs.
Illiquidité 💦
La liquidité d'une société cotée en Bourse désigne la facilité avec laquelle les actions de cette société peuvent être achetées ou vendues sur le marché sans provoquer de variations significatives de son prix. De nombreuses Small cap ont finalement une part relativement faible de leur actionnariat qui est en réalité échangé en Bourse notamment parce que les actionnaires majoritaires, souvent familiaux, sont aux commandes et maintiennent une stabilité du capital. Pour les investisseurs c’est un risque de ne pas pouvoir acheter mais aussi et surtout vendre avec facilité un nombre important d’actions le moment voulu.
Financement 💰
Enfin les small caps ont souvent davantage de difficultés en matière de financement notamment bancaire. En moyenne, les plus petites sociétés sont plus endettées que les grandes et donc présentent un risque financier en cas d’augmentation des taux ou de baisse des cash-flows nécessaires à rembourser cette dette. Cela s’explique en partie par la présence de sociétés encore en phase de maturation, parfois non rentables (pensez Biotech par exemple) et qui ont recours encore à des levées de fonds ou de dette.
Un indicateur intéressant est le ratio de couverture des intérêts (Interest Coverage Ratio) qui mesure la capacité d'une entreprise à payer les charges d'intérêts sur sa dette. Il est calculé en divisant le résultat opérationnel (EBIT) par les intérêts à payer. Ainsi pour les large cap du S&P 500 ce ratio est à 7 tandis que pour les small caps du Russel 500 il est à 3,5. Les plus grosses sociétés ont 2x plus de facilité à payer leurs intérêts.
En conclusion, est-ce une opportunité d’investissement ?
Historiquement les small caps surperforment
Sur le très long terme, les small caps ont toujours surperformé les large principalement grace à leur taille plus restreinte permettant de s’adapter au contexte macroéconomique mais aussi saisir plus aisément les opportunités d’innovation.
La récente décote expliquée plus haut peut ainsi représenter une opportunité d’investir sur ce marché historiquement plébiscité.
Les flux financiers sont poussés vers les Large Cap
En revanche, les flux financiers depuis plusieurs années sont massivement poussés sur les large caps :
Les ETF ayant pris une importance grandissante sur les 15 dernières années, ce sont principalement ceux qui suivent les grands indices (S&P500, MSCI, STOXX 500, CAC40) qui rassemblent les plus grandes sociétés qui recoivent le plus de flux au détriment des plus petites.
L’innovation notamment technologique qui était l’appanage des sociétés plus agiles est passé dans le giron principalement des GAFAM. Il suffit d’assister à la vague IA qui déferle sur le monde aujourd’hui pour comprendre qu’au dela d’OpenAI (quasiment controlé par Microsoft) ce sont les Google, Facebook qui sont à la pointe et pas forcément des start-ups.
A part en 2021, exception de la folie post covid, les dernières années ont vu le nombre d’introduction en Bourse chuter. Cela s’explique notamment par le développement du financement des sociétés privées par le Private Equity. Ainsi il y a de moins en moins de petites sociétés cotée en Bourse et donc moins d’opportunités d’investissement.
L’incertitude financière et macro
Les crises financières et géopolitiques ont toujours existé et dailleurs il ne se passe rarement plus de 10 ans sans qu’un choc ne se déclenche. En revanche, les incertitudes multiples actuelles sont assez effrayantes pour préférer concentrer les investissements vers des sociétés et des marchés vus comme plus solides :
Le retour de l’inflation que les moins de 40 ans n’ont jamais vraiment connu
La guerre, en Europe, au Proche-Orient avec une intensité inédite depuis 40 ans
Les tensions économiques Chine-US à leur paroxysme
L'environnement qui inquiète de plus en plus
Vous l’avez compris, je ne vais pas m’aventurer dans une recommandation d’investissement, je ne le fais que rarement, et encore moins sur les small caps qui, malgré un prix attractifs, présentent des risques certains et durables. En revanche il existes des petites sociétés qui sont de véritables pépites et je ferai une liste de belles sociétés dans une prochaine édition. Patience !
3. 🤔Stan’s Snacks :
La collab tant attendue Crocs x Pringles est enfin arrivée (Instagram)
Une journaliste devient influenceuse Onlyfans pour en dénoncer le phénomène (Wired, en Anglais)







