Cassius Notes #15 - La mondialisation, c'est fini 🌍 ? et les crédits carbone aussi 🤢 ?
Deux sujets liés où se mêlent beaucoup de théorie et une réalité qui s'en écarte souvent
Les thèmes abordés cette semaine :
1. 🗞️ Actualité : La mondialisation, c’est fini 🌍
2. 📈 Investissement et Fiscalité : Les crédits carbone - au-delà de la vision louable et des scandales, un objet à considérer pour les investisseurs 🤢 ?
3. 🤔 Stan’s Snacks : Birkenstocks et la musique de ma jeunesse🐣
1. 🗞️ Actualité : La mondialisation, c’est fini 🌍
La mondialisation c’est quoi ?
Vous vous rappelez tous certainement, et quel que soit votre âge, des cours d’histoire ou d’économie rabâchant ce terme comme un phénomène inexorable rapprochant les sociétés mondiales.
Pour revenir à la source, la mondialisation c’est ce processus caractérisé par l'interconnexion croissante des économies, à travers les marchandises, services et capitaux mais aussi des personnes, des cultures et de l’information. Divers indicateurs servent à caractériser ce phénomène comme par exemple :
Volumes Commerciaux
Investissements Directs Étrangers
Flux migratoires
Coopération Internationale
Lors d’une conférence à la Banque de France, Doug Irwin, président de l'Association américaine d'histoire économique expliquait qu’il avait 2 moteurs à la mondialisation : la politique et la technologie. La politique peut aller en marche avant ou en marche arrière, plus ou moins vite. La technologie, elle, peut seulement accélérer le mouvement - et uniquement en marche avant. La combinaison de ces deux moteurs détermine le rythme de la mondialisation.

À la fin du XIXe siècle, ces deux forces convergent fortement avec notamment l'accord commercial de 1860 entre le Royaume-Uni et la France destiné à renforcer les liens d'amitié après des siècles de guerre et déclenchent une série d'accords bilatéraux entre nations. Cette ouverture des frontières est amplifiée par la circulation plus rapide des marchandises grâce à la machine à vapeur sur terre et en mer ainsi que l’apparition du télégraphe permettant la transmission d'informations.
Au cours de la première moitié du XXe siècle, la politique fait marche arrière avec une guerre mondiale, une crise financière majeure, suivie d'une deuxième guerre. La géopolitique et le protectionnisme dominent et en 1945, le commerce international ne représente seulement que 10 % du PIB mondial. Les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale cherchent à éviter la répétition de ce passé troublé et s’efforcent de promouvoir une paix fertile économiquement : en 1947, l'accord général sur les tarifs et le commerce (GATT) est signé, principalement par les pays occidentaux, ainsi que le Japon et l'Afrique du Sud. La fin de l’URSS et l'ouverture de la Chine accélèrent l’intégration de la majeure partie des pays du monde dans le commerce mondial à partir des années 1990, tandis que les coûts des échanges diminuent grâce aux avancées logistiques (conteneurs principalement). Le commerce mondial atteint 60 % du PIB en 2008, presque le double en vingt ans.
La mondialisation ralentit, la régionalisation prend sa place 🔃
Depuis la crise financière, la géopolitique a repris le dessus (Trump, Brexit, Covid) impactant négativement le commerce mondial. On est retombé à environ 55% du PIB mondial qui transite entre les pays.
La volonté politique de développer encore davantage les échanges est à l'arrêt en raison des tensions profondes et durables à l’intérieur et entre les pays. Le plus fort catalyseur de ce phénomène est la relation Chine-Etats-Unis qui est souvent mise à mal depuis plusieurs années que cela soit sur la vente de puces I.A., Tikotok ou le dernier exemple de la taxation des voitures chinoises importées aux Etats-Unis.
De son côté, la technologie semble avoir atteint certaines limites pour développer les échanges. Et l’I.A. ne semble pas être l’invention qui relancera la machine.
En revanche on peut observer l’accélération du “Friendshoring” : les échanges se font de plus en plus régionaux et la relocalisation de la production stimule l'activité locale ainsi que les marchés proches. Plusieurs économistes s’attendent ainsi dans les années qui viennent à ce que les entreprises travaillent plus localement, dans leur région, et avec des pays qui partagent leurs valeurs.
Cela ne sonne pas la fin de la mondialisation pour autant, les pays étant totalement interdépendants après des décennies d'échanges débridés. Mais ce friendshoring pourrait bénéficier aux Etats-Unis car indépendant énergétiquement et proche du Mexique, capable de produire à moindres coûts. Dans une moindre mesure, la Chine peut aussi rayonner sur l’Asie du Sud-Est et compter sur la Russie et le Moyen-Orient pour l’énergie. L’Europe doit quant à elle résoudre son problème énergétique russe pour sécuriser le rapatriement de l’industrie qu’elle a déjà en partie amorcé.
2. 📈 Investissement et Fiscalité : Les crédits carbone - au-delà de la vision louable et des scandales, un objet à considérer pour les investisseurs 🤢 ?
Erratum
La semaine dernière dans Cassius Note #14 (corrigée depuis) dédiée au Plan Epargne Entreprise, j’ai fait une erreur en indiquant que les versements volontaires étaient déductibles de l’impôt sur les revenus. Ce n’est le cas que pour les PER. En revanche ces versements sont bien possibles sur un PEE (et même parfois complétés par des employeurs) et permettent de bénéficier de la fiscalité avantageuse du Plan sur les plus-values.
Merci à Alexis, fidèle lecteur, pour la remarque🤘
Allez on reprend les choses sérieuses avec les crédits carbone.
Pour ce focus je me suis largement informé auprès de mes amis entrepreneurs qui ont lancé la Newsletter Nouvel Air Antoine, Arnaud et Olivier et creusent à fonds des sujets impacts afin de monter une boîte. N’hésitez pas à les suivre si ces sujets vous intéressent.
Le crédit carbone Quésako🤔?
Un crédit carbone est un certificat qui est attribué en échange d’un évitement, une réduction ou une élimination d'une tonne de dioxyde de carbone (CO2), ou son équivalent d'autres gaz à effet de serre.
Ces certificats ont été créés suite au protocole de Kyoto dans le cadre d’accords visant à l’atténuation du changement climatique. Initialement ce sont les Etats qui attribuent à chaque entreprise un droit à polluer jusqu’à une certaine limite (calculée en nombre de crédit carbone). Si l’entreprise pollue plus que son quota, elle doit acheter des crédits et inversement. De l’autre côté des initiatives écologiques sont créés et peuvent vendre des crédits carbone pour se financer.
Il existe 2 marchés principaux permettant d’échanger ces crédits :
Le marché volontaire✋: le crédit carbone
Le marché volontaire est un marché mondial qui permet aux entreprises et aux particuliers d'acheter des crédits carbone de leur propre gré auprès de porteurs de projets environnementaux. Chaque crédit équivaut à une tonne de CO2 qui a été réduite, évitée ou séquestrée grâce à ces projets, qui peuvent être de différentes natures, comme issus de la reforestation, de l’installation de parcs éoliens ou de l'agriculture régénératrice. Ainsi, ce marché contribue au financement d'initiatives de réduction des émissions dans le monde entier et permet aux entreprises de démontrer leur engagement en faveur de l'environnement en participant à l'effort global de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, un exploitant forestier qui plante 30 arbres absorbant 100 tonnes de CO2 sur leur durée de vie peut valoriser cette absorption en vendant 100 crédits carbone à une entreprise volontaire.
Ce marché est relativement modeste avec une valeur totale de 2 Millliards € estimée en 2022. Cependant, la croissance spectaculaire cours des dernières années, passant de 100 millions de dollars en 2020 à 2,1 milliards de dollars en 2 ans devrait se poursuivre : Bloomberg prévoit une taille de marché comprise entre 10 et 40 milliards de dollars d'ici 2030.
Le marché obligataire♟️: le quota carbone
Il existe également un marché obligataire du carbone en Europe, appelé "quotas carbone". Les systèmes d'échange de quotas d'émissions de l'Union européenne (Emissions Trading Scheme ou EU ETS en anglais) sont un mécanisme essentiel dans la stratégie de l'UE pour lutter contre le changement climatique et réduire les émissions de gaz à effet de serre. L'EU ETS, mis en place en 2005, est le premier et le plus grand système international d'échange de quotas d'émission de CO2 au monde.
Le principe de ce système est relativement simple : il établit un plafond, ou "cap", sur la quantité totale de gaz à effet de serre que les entreprises européennes peuvent émettre, et ce plafond est réduit progressivement au fil du temps pour assurer une réduction des émissions globales. Les entreprises reçoivent ou achètent des droits d'émission qu'elles peuvent échanger entre elles si nécessaire. Si une entreprise réduit ses émissions, elle peut vendre ses droits d'émission excédentaires à une autre entreprise qui en a besoin, ce qui incite à la réduction des émissions. Par exemple, Tesla a vendu pour 1,8 milliard d'euros de quotas carbone en Californie en 2023.
Toutes les entreprises de l'UE ne sont pas soumises à l'ETS, mais principalement les industriels les plus polluants tels que les centrales électriques, les raffineries et les aciéries ayant une taille critique. Les industries du transport aérien hors UE, du transport routier, du BTP et de l'agriculture ne sont pas non plus soumises à cette obligation. Au total, ce sont 35 % des émissions de l'UE qui sont concernées en Union européenne. Pour le moment, L'Union européenne attribue actuellement des quotas gratuits aux entreprises, leur laissant ainsi le temps de réduire leurs émissions et le montant de ces quotas gratuits varie selon les secteurs et diminue chaque année : ils sont amenés à disparaître en 2034 dans certains secteurs.
Ce marché obligataire est beaucoup plus important que le volontaire et est estimé à 900 Millliards € d’échanges de quotas dans le monde en 2022.
Pourquoi le crédit / quota carbone est critiqué ?
Au fondement du crédit carbone il existe le concept de compensation. Or 1 tonne de carbone censée être compensée a déjà été émise, créant ainsi un décalage temporel et pendant que nous attendons les effets de ces projets, les émissions continuent de s'accumuler dans l'atmosphère. Par ailleurs la neutralité carbone d’un produit est très discutable. Tout ce que nous produisons par définition dégage du carbone et nous vivons dans un monde globalisé où les émissions de gaz ne connaissent pas de frontières. Les pays développés et leurs consommateurs ont donc tendance à délocaliser la production de carbone à l’étranger.
D’autres critiques proviennent notamment de scandales :
Les crédits carbone pouvant être vendus pour protéger des forêts qui sont menacées d’être coupées, il existe cependant des forêts déjà sous protection légale signifiant que la vente des crédits associés n'apporte aucun bénéfice additionnel en termes de réduction des émissions… C’est le cas par exemple d’une partie des forêts concernées par le scandale Verra révélé par le Guardian en 2018.
Le fameux scandale à la TVA a aussi montré les limites. Pendant des mois, les mêmes quotas carbone étaient échangés entre la France et l'étranger : les escrocs achetaient des quotas hors TVA par une société factice dans un pays étranger, avant de les revendre en France à une autre société factice à un prix incluant la TVA,puis investissaient la différence dans une nouvelle opération en revendant les quotas carbones à une entreprise de l'UE en se faisant rembourser la TVA. Cette fraude aurait permis à près de 10 milliards d’euros d’être détournés selon Europol.
Aujourd’hui plusieurs initiatives sont mises en place pour corriger les biais de ce marché. Par exemple on privilégie davantage les projets d’absorption de CO2 plutôt d’évitement. De même les projets locaux sont mis en avant pour améliorer la transparence sur la destination de l'argent investi.
Le quota carbone, un bon placement 🧐?
En ce qui concerne le coût d'une tonne de carbone, sur les marchés réglementés de l’Union Européenne, la tonne de CO2 coûte 87$ en moyenne. À titre de comparaison, elle coûte 24$ aux Etats-Unis sur 7% des émissions et 9$ en Chine sur 38% des émissions.
De nombreux facteurs peuvent influencer les prix des contrats carbone, tels que la croissance économique européenne, la météo, les innovations technologiques et le prix des énergies.
Plusieurs plateformes généralistes ou dédiées (comme Homaio) proposent désormais l’investissement dans des crédits carbone. En effet, on peut penser que la demande pourrait fortement croître dans les années à venir avec l’entrée de nouveaux secteurs dans la réglementation comme les transports routiers et le chauffage des bâtiments. De même, les compagnies aériennes pourraient perdre l'avantage de gratuité de leurs quotas carbone.
En revanche plusieurs risques importants pourraient faire baisser son prix :
les divers scandales évoqués au-dessus
la corrélation avec la croissance économique : dans le cas d’une récession mondiale d’une guerre ou d’une pandémie, le prix d’un crédit dégringolera.
un changement de méthodologie de calcul ou de référentiel pour tenter de ralentir le réchauffement climatique.
De par sa structure complexe, impliquant Etats, organismes internationaux, grandes entreprises, projets de décarbonations, associations etc., le marché du crédit carbone est très complexe à appréhender dans son ensemble. Ainsi, comme je le conseille souvent, il vaut mieux, pour un particulier, rester dans des domaines d’investissement qu’il maîtrise.
3. 🤔Stan’s Snacks :
L’histoire des Birkenstocks (Bloomberg, en Anglais)





